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« tordre le cou aux fausses idées »

Entretien avec Arnaud Fuentes, à l'initiative de la campagne "Le Porno, c'est faux".

· Actus

Arnaud Fuentes est membre du bureau du CP2S. Il a eu l'idée de réaliser une campagne pour lutter contre la pornographie. Rencontre avec un homme investi.

Pourquoi le CP2S s'est-il investi dans cette campagne ? En quoi le porno est-il un problème aujourd'hui ?

Le CP2S, anciennement comité de lutte contre le sida en Nouvelle-Calédonie, a depuis 2003 mené une politique très volontariste de développement des interventions sur la santé sexuelle au sein des établissements scolaires du secondaire. Notre association, qui est notamment la première a avoir mené des interventions aux iles loyauté en 2005, a réalisé depuis 15 ans des milliers d’interventions en milieu scolaire et rencontré, échangé, sensibilisé des dizaines de milliers de jeunes calédoniens.
A l’occasion de ses interventions le thème de la pornographie a été évoqué par les jeunes quasiment systématiquement, même si, théoriquement, son accès est interdit aux moins de 18 ans.
Au regard notamment des évolutions technologiques, nous savons que s’il est très difficile de lutter contre l’accès au porno chez les mineurs, pour autant nous pouvons travailler à la déconstruction des stéréotypes ou des fausses informations véhiculées.

La pornographie n’étant pas la réalité de la sexualité, et véhiculant des représentations erronées, nous nous sommes par conséquent interrogés sur l’impact qu’elle peut avoir sur les jeunes, sur leur vision de la sexualité et dans la relation à l’autre.

Afin d’avoir des données plus objectives nous avons pris la décision de mener une enquête sur la pornographie. Celle-ci a été réalisée en 2015 auprès de 2000 jeunes de 15 à 20 ans originaires de toute la Nouvelle-Calédonie et se basait sur un questionnaire semi directif constitué de 15 questions.

Quel impact auprès des jeunes attendez-vous de cette campagne ?

Nous souhaitons d’une manière globale que cette campagne de sensibilisation « torde le cou » aux fausses idées que les jeunes peuvent avoir de la sexualité à cause de la pornographie. Que cela leur évite d’avoir des complexes et enfin, surtout, qu’elle amène à plus de respect, de tolérance, de partage dans les relations de couple et vis-à-vis des femmes.
Nous espérons également qu’elle permettra d’évoquer plus facilement et librement le thème de la santé sexuelle, un sujet qui reste globalement tabou même si paradoxalement nous avons tous une sexualité et qu’il est tout à fait normal d’en parler.
Nous avons d’ailleurs fait le choix d’aborder le sujet par le biais de l’humour car nous pensons que c’est le véhicule le plus adapté pour passer nos messages.

Selon vous, la santé sexuelle et affective doit-elle être intégrée dans les programmes scolaires ? A partir de quand ?

Le premier espace dans lequel en tant qu’être humain nous recevons une éducation et dans lequel nous nous construisons tant intérieurement qu’en relation avec le monde est le cadre familial. Pour autant il n’est pas aisé comme évoqué précédemment pour toutes familles de parler de santé sexuelle et affective avec ses enfants. C’est d’ailleurs notamment pour cela que dans certains pays ont été développées des politiques publiques allant dans ce sens. Le Canada est sans conteste dans ce domaine, comme dans d’autres domaines tels que les sciences sociales et humaines, un pionnier. Aussi la santé sexuelle et affective devrait être abordée en Nouvelle-Calédonie à chaque niveau scolaire avec bien entendu le fond et la forme correspondant à l’âge des scolaires.
Aujourd’hui le cadre règlementaire en vigueur en Nouvelle-Calédonie a intégré dans les programmes scolaires la santé sexuelle et affective. Cependant soyons réalistes, il est difficile de les mettre en œuvre car les enseignants ont déjà des programmes scolaires conséquents à mettre en œuvre et tous ne se sentent pas forcément la capacité d’aborder cette thématique. C’est d’ailleurs notamment pour cette raison que notre association travaille depuis des années avec des dizaines d’établissements scolaires de la Nouvelle-Calédonie afin de réaliser ces interventions.
Leur nombre reste cependant très largement insuffisant, le nombre de grossesses non désirées, la prévalence de certaines IST ou encore les violences conjugales en attestent malheureusement. La question de fond qui se pose est celle des moyens alloués à la prévention qui représentent aujourd’hui moins de 4% des dépenses de santé. Sans moyens supplémentaires il est difficilement envisageable d’avoir des avancées notables dans l’avenir.

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